Abandon d’EuropaCity : la fin d’un projet trop controversé

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L'abandon du projet d'Europacity a été confirmé par Emmanuel Macron.

Abandon d’EuropaCity : quand l’urbanisme est jugé anti-écologique

Finalement, l’exécutif a décidé d’abandonner le projet de construction de l’énorme complexe EuropaCity, dans le Val-d’Oise. Malgré les espoirs importants que suscitait ce concept en matière d’emplois, il provoquait aussi de vifs rejets, toutes tendances politiques confondues. En cause, le refus d’urbaniser des terres fertiles dans le triangle de Gonesse.

Une décision officielle

Jeudi dernier, l’Elysée a confirmé l’abandon d’EuropaCity, un vaste projet urbain qui était trop décrié. Cette décision a été prise lors du troisième Conseil de défense écologique. Celui-ci réunissait notamment Emmanuel Macron, le Premier ministre, plus les ministres concernés. A l’origine, cet énorme complexe de loisirs, comportant des hôtels et des commerces, était censé s’étendre sur 430.000 mètres carrés. Il aurait dû s’ouvrir en 2027, à Gonesse. En théorie, il aurait pu accueillir 31 millions de visiteurs par an, gratuits et payants. Cependant, l’importante coalition contre ce colossal programme, constituée de résidents, d’écologistes et de commerçants, a finalement eu gain de cause. De fait, l’Elysée a justifié son choix en expliquant que ce modèle de consommation de masse était « d’une autre époque ». De plus, les autres raisons invoquées ont révélé des besoins en transports publics trop importants. Par ailleurs, EuropaCity aurait créé une dévitalisation majeure des centres-villes.

Une menace d’urbanisation des terres agricoles

Cette décision d’abandon d’EuropaCity, en tant que nouveau centre de loisirs du Val-D’Oise, n’a pas vraiment surpris les promoteurs de ce projet. En effet, certains avaient déjà senti cette orientation se confirmer depuis plusieurs semaines. Déjà, fin octobre, Vianney Mulliez, président de Ceetrus, la filiale immobilière d’Auchan, avait déclaré au journal Les Echos « […] nous avons senti que ce soutien a tiédi à mesure qu’est monté le débat sur l’artificialisation des terres. » De fait, en août dernier, le Collectif Pour le Triangle de Gonesse avait marqué un point décisif, par la voix de son Président, Bernard Loup. Celui-ci avait alors déclaré « C’est irresponsable de vouloir bétonner les terres les plus fertiles d’Ile-de-France. »

Une autre voie possible

A la place d’EuropaCity, ce Collectif défend un autre projet, baptisé Carma. Son but est de faire des terres agricoles du triangle de Gonesse le réservoir alimentaire du Grand Paris. Ce concept, très différent, s’appuie sur la promotion de la culture bio, du maraîchage et des circuits courts.

Un mauvais point pour l’emploi des riverains

un non pour abandon d'EuropaCity
L’abandon d’EuropaCity pourrait donner naissance à un nouveau projet, très différent.

Le retrait de ce projet, s’il est favorable à l’environnement, pourrait en revanche être préjudiciable à l’emploi dans cette région. En effet, une étude réalisée par la Commission Nationale du Débat Public avait évalué qu’environ 7.500 à 8.100 postes auraient pu naître de cet énorme programme commercial. De plus, ces emplois auraient pu être proposés en priorité aux habitants du territoire. D’ailleurs, durant cet été, une structure de recrutements, EuropaCity Compétences, avait déjà commencé à y travailler. Celle-ci misait en priorité sur de futurs recrutements effectués dans le bassin du Grand Roissy. Désormais, avec l’abandon d’EuropaCity, ces recherches sont devenues sans fondement.

Une solution de rechange envisagée

Néanmoins, pour rebondir, Emmanuel Macron a prévu la création d’un futur pôle d’activités dans cette même zone. D’ailleurs, le chef de l’Etat a déjà confié cette mission à Francis Rol-Tanguy, ancien directeur de l’Atelier Parisien d’Urbanisme. Il sera chargé d’élaborer cette solution de remplacement avec les élus. D’après l’Elysée, cette nouvelle approche ne sera plus « […] un centre commercial et de loisirs mais un morceau de ville, qui donne envie. » Ainsi, ce changement de direction, moins ambitieux, devra comporter « […] du résidentiel, du logement, une partie d’activité agricole, peut-être de la petite industrie, du circuit court, pourquoi pas du loisir […].