Anja Linder : une harpiste inspirée qui joue en fauteuil

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Anja Linder : la féminité comme levier contre le handicap.

La harpiste strasbourgeoise Anja Linder est une musicienne respectée et reconnue. Elle a notamment obtenu à Arles le 1er prix du Concours International de Musique de Chambre, en accompagnant la soprano Nathalie Gaudefroy. Devenue paraplégique après un accident survenu lors d’une tempête, qui a ravagé en juillet 2001 le parc du château de Pourtalès, Anja Linder s’est momentanément retrouvée dans l’incapacité de jouer de son instrument.

anja-linder-harpisteLa concertiste a finalement réussi à surmonter son handicap, au prix d’efforts considérables, afin de se remettre à jouer, expliquant qu’elle se refusait à : « […] faire le deuil de la musique, en plus de celui de la marche. » En 2004, elle rencontre un inventeur qui élabore spécialement pour elle une harpe adaptée, dotée d’un système électropneumatique. Le concepteur baptise cet instrument « l’Anjamatic », pour lui rendre hommage. Cet instrument innovant, financé grâce à la Fondation Banque Populaire, dont la harpiste a été l’une des lauréates en 2010, lui permet aujourd’hui de jouer plus facilement qu’avec une harpe classique. L’instrument lui offre même de nouvelles possibilités d’expression, qu’elle considère : « […] plus poussées que les harpes traditionnelles ». Depuis 2013, en plus de son activité de soliste, ou au sein de divers orchestres et ensembles vocaux, Anja Linder enseigne son art au Conservatoire de Strasbourg, à une dizaine d’étudiants valides. Parallèlement, elle enregistre plusieurs œuvres (Ravel, Brahms, Britten), destinées à paraître sur un CD.

Titulaire d’une licence de lettres, son aisance naturelle d’expression et sa notoriété lui permettent, quand elle parle dans les médias, d’attirer l’attention des élus sur les difficultés rencontrées au quotidien par les personnes en situation de handicap. Elle n’hésite pas à rappeler à l’exécutif, lorsqu’elle est invitée à l’Élysée, que depuis son accident, « […] la loi pour faciliter l’accessibilité des bâtiments aux personnes handicapées a été reportée trois fois. ». Elle souligne « Ce manque d’accessibilité, conjugué à l’absence de toilettes dans les villes, porte atteinte à la dignité des femmes. » Et elle rajoute, non sans humour, que cette situation gênante serait : « […] plus facile à vivre si j’étais un homme. »