Crise des urgences : un conflit qui pourrait s’étendre

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La crise des urgences dure maintenant depuis plusieurs mois en France.

Crise des urgences : un enlisement inédit

En septembre dernier, les mesures budgétaires annoncées par Agnès Buzyn, avec 750 millions d’euros mis sur la table, n’ont pas du tout convaincu les personnels soignants en grève. Pour preuve, la crise des urgences pourrait maintenant s’étendre, et constituer une mobilisation générale de tous les établissements publics de Santé.

Une colère qui ne s’apaise pas

A l’évidence, pour les professionnels du secteur médical, les sommes annoncées par Agnès Buzyn sont trop justes. Pour eux, le compte n’y est toujours pas. Loin de là. Cela fait aujourd’hui sept mois qu’une crise des urgences, concrétisée par une grève, a commencé à l’hôpital Saint-Antoine, à Paris. A ce jour, elle dure toujours. Or, la colère des soignants grévistes reste toujours aussi vive. En effet, ils continuent de penser qu’ils n’ont pas été entendus. Ce sentiment s’est même renforcé. Actuellement, malgré l’enveloppe allouée par l’exécutif, ces personnels réclament toujours des lits supplémentaires d’hospitalisation, une revalorisation de leurs salaires, et plus de ressources humaines.

Un Plan de financement à revoir ?

C’est dans ce climat très tendu de crise des urgences que les parlementaires vont devoir se prononcer ce mardi sur le Plan de financement de la Sécurité sociale, en 2020. A nouveau, ils vont devoir étudier le Projet de Loi de Finances de la Sécurité Sociale. Or, ce texte prévoit un ONDAM, un Objectif des Dépenses de Santé, limité à 2.3 %. Problème, d’après les professionnels concernés, la progression naturelle de ces dépenses serait en réalité de 4.5 %. Par conséquent, il faudrait trouver le moyen de réaliser 4,2 milliards d’euros d’économies. Ce, pour faire face aux besoins réels. Pour le seul secteur hospitalier, selon Frédéric Valletoux, président de la Fédération Hospitalière de France, cela représenterait « 800 millions d’économies supplémentaires » à réaliser. D’après lui, les mesures prévues sont largement insuffisantes. Elles constituent même une véritable « douche froide », comparée aux nécessités du terrain. 

Un risque de convergence des exaspérations

Aujourd'hui, la crise des urgences pourrait faire tache d'huile.
Aujourd’hui, la crise des urgences pourrait faire tache d’huile dans le pays.

Dorénavant, la question est de savoir si, avec une crise des urgences déjà explosive, les hôpitaux vont pouvoir continuer à se contenter d’un budget qu’ils jugent insuffisant. En effet, il faut rappeler qu’en France, 269 services d’urgence sont désormais en grève. A l’évidence, ce mouvement social ne faiblit pas. Il pourrait maintenant s’étendre à tout le secteur de la Santé. Cela, dans l’espoir d’obtenir enfin satisfaction. Dernièrement, signe qu’une aggravation se profile, les médecins de l’Association des Médecins Urgentistes de France ont rejoint cette contestation. De plus, des infirmiers de blocs opératoires et du secteur psychiatrique se sont eux aussi regroupés. Enfin, les syndicats hospitaliers apportent clairement leur soutien à ce mouvement. Par conséquent, une convergence des exaspérations est en train de naître.

Des situations intenables

Depuis des mois, certains chefs de services se plaignent de diriger des unités qui comportent jusqu’à 25 % de lits fermés. Parfois, cela les oblige à effectuer des transferts de malades à des dizaines de kilomètres. Or, ces déplacements peuvent être préjudiciables, et même dangereux. Sans parler du manque criant de personnels hospitaliers. D’ailleurs, de très nombreux postes d’infirmiers sont actuellement vacants. De plus, les personnes qui travaillent perçoivent des salaires nettement insuffisants. Cela fait trop de difficultés cumulées, qui aggravent encore la crise des urgences.