La technologie RTTH : un outil du déploiement du Plan France Très Haut Débit

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Vincent Carrière-RTTH

La technologie RTTH : un complément indispensable.

 Le Bulletin des Communes a demandé à Vincent Carrière, Directeur Général de la start-up Xilan, implantée à Lille et experte dans la technologie des télécommunications radio, de nous expliquer le rôle occupé par sa société dans l’accès au Très Haut Débit, dominé aujourd’hui par la fibre optique.

Monsieur Carrière, pouvez-vous nous résumer en quoi consiste la technologie RTTH (Radio To The Home), dont votre société est la spécialiste ?

Cette technologie par accès radio, déployée par la société Xilan, consiste à prendre dans un premier temps le Très Haut Débit là où il se trouve, à partir d’une fibre optique déjà existante, puis à l’amener, parfois sur des dizaines de kilomètres, vers la zone nécessitant du Très Haut Débit Internet. Nous utiliserons bientôt pour diffuser ce Très Haut Débit des antennes en technologie 4G. À la différence des installations destinées à la réception mobile, utilisées par les opérateurs mobiles pour les smartphones, nous installons une antenne sur les toits des habitations des usagers pour que celle-ci serve de routeur. Cette antenne permet de capter de façon nominale le signal radio et de délivrer un accès à Internet de 20 à 30 Mb/s.

En quoi votre signal se différencie-t-il de celui des opérateurs mobiles classiques ?

Pour répondre aux demandes des territoires, nous avons sollicité l’ARCEP pour ouvrir une fréquence au profit des communautés territoriales. Cette fréquence doit n’être dédiée qu’à l’aménagement numérique du territoire, contrairement à celle du Wi-Fi. Si l’ARCEP valide ce principe, ces nouveaux réseaux ne pourront pas accepter de terminaux mobiles, ce qui garantira une qualité de service élevée pour le Très Haut Débit. Cela aurait l’avantage pour les territoires de leur offrir un vaste choix technologique, qui permettrait à tous de tenir le pari du déploiement du Très Haut Débit, censé être achevé en 2022. Le monde politique dans son ensemble a été sensible à notre demande, tout comme l’ARCEP, que nous pensons avoir convaincue. Il semble qu’elle ira bientôt dans notre sens, j’espère au cours de cet été. Cela devrait permettre aux collectivités territoriales de pouvoir utiliser à titre gracieux 40 MHz dans la bande de 3,4 GHz existante. La solution 4G-LTE Fixe sera alors complémentaire des solutions proposées aujourd’hui par la fibre optique et le satellite.

Lorsque le Plan France Très Haut Débit sera achevé, sait-on quels pourcentages reviendront à la transmission par fibre et à celle faite par radio (4G-LTE Fixe) ?

Pour respecter le programme qui été prévu pour 2022, il a été établi que 2 à 3 % du déploiement concerneront des technologies alternatives à la fibre numérique. Sur un total de 40 millions de lignes estimées, cela fait environ 1 million de lignes téléphoniques à moderniser pour fournir du Très Haut Débit à tout le monde (au moins 20 Mb/s). Ces solutions seront en majorité adoptées en zones rurales, et dans les zones plus urbaines visées par les Réseaux d’Initiative Publique (RIP). À terme, l’offre par 4G-LTE Fixe et l’offre par satellite devraient bien se compléter.

Pour finir, avez-vous réussi aujourd’hui à rassurer totalement les associations qui s’inquiètent des conséquences sanitaires causées par la transmission radio ?

Dans le Plan d’aménagement du territoire en Très Haut Débit, on va utiliser une technologie de base particulière, nommée « small cell », ou « petite cellule ». Elle se différencie beaucoup de celle liée à la téléphonie mobile, qui nécessite des puissances nettement plus élevées. En effet, pour cet usage, les opérateurs ont besoin d’émettre très loin, afin de pouvoir pénétrer, si besoin, dans les habitations rurales. Notre approche, qui est celle de la FIRIP, est de privilégier une haute qualité de service à la couverture à l’intérieur des bâtiments. Notre rôle se limite donc à diffuser Internet Très Haut Débit au-dessus des habitations via une antenne placée sur le toit, en évitant ainsi de devoir aller à l’intérieur du lieu de vie de l’usager. Par comparaison, en matière de puissance, nous avons une longue expérience de ce que l’on peut faire avec seulement 1 watt (réseaux Wi-Fi), alors que les réseaux mobiles utilisent plus de 40 watts. De notre côté, nous respecterons les consignes de l’ARCEP d’émettre 0,6 volts par mètre pour éviter toute nocivité des antennes à proximité. Pour le Haut Débit, les émetteurs délivreront une puissance radio inférieure à 20 watts, et les signaux radio resteront de toutes façons au-dessus des habitations.