Le tout-numérique : un risque d’exclusion pour les personnes handicapées

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Jacques Toubon, le Défenseur des Droits.
Jacques Toubon, le Défenseur des Droits.

Le tout-numérique : un dosage nécessaire

Le tout-numérique a pour but de dématérialiser totalement les démarches administratives. Cette innovation, souhaitée par le Gouvernement, risque cependant de nuire à certaines catégories de citoyens. Notamment, ceux qui sont porteurs d’un handicap. Dans son dernier rapport, le Défenseur des droits a demandé une évolution moins radicale vers le tout-numérique, pour qu’aucun citoyen ne se retrouve écarté.

De nombreux exclus

Tout d’abord, il faut prendre en compte les 33 % de la population française qui s’estiment peu à l’aise avec l’informatique. Sans oublier les personnes qui ont des difficultés à accéder aux sites, pour des raisons purement matérielles. Enfin, on sait qu’encore 1 % des citoyens ne se sert jamais d’Internet.

Une approche à moduler

Le programme du Gouvernement, baptisé « Plan d’action 2022 », vise à dématérialiser toutes les démarches administratives d’ici 2022. Pour le Défenseur des droits, Jacques Toubon, cette mesure risque d’être préjudiciable à beaucoup de Français. Un avis qu’on devinait déjà dans le nom de sa conférence de presse, donnée le 17 janvier dernier. Celle-ci s’intitulait : « Dématérialisation et inégalités d’accès aux services publics ». Lors de son exposé, Jacques Toubon a insisté sur le fait que « […] l’égalité face à l’accès aux droits soit encore une réalité pour tous ».

Des avantages à double tranchant

On sait que les avantages du numérique sont nombreux. Notamment, parce qu’ils peuvent éviter des déplacements pénibles aux personnes à mobilité réduite. Ainsi, les démarches deviennent moins contraignantes. Cependant, il existe un revers à cette médaille. Jacques Toubon l’a expliqué, en déclarant : « La dématérialisation est une des pistes d’amélioration du service public, car elle facilite l’accès aux informations et peut supprimer les distances entre les êtres humains. Mais le risque c’est de créer des distances, des obstacles et d’exclure certains usagers. »

Un risque d’abandon

Homme qui hésite en utilisant un ordinateur.
Utilisateur en difficulté face à un ordinateur.

De fait, les personnes handicapées pourraient être durement pénalisées par cette réforme. Car de nombreux sites publics ne sont pas conçus pour être faciles d’accès pour tout le monde. Par exemple, comment utiliser les informations données quand on est malvoyant, ou atteint de troubles intellectuels ? La question reste posée. Pour les personnes porteuses de ces handicaps, l’écriture utilisant le système Facile à Lire et à Comprendre (FALC) doit absolument être prévue. Sur ce point, le Défenseur des droits a expliqué que les sites qui ignorent ceux qui vivent avec ces difficultés, pourtant courantes, appliquent une logique « inacceptable ».

Une mise en oeuvre progressive

Pour établir un dossier réaliste sur la dématérialisation des services publics, le Défenseur des droits a utilisé des milliers de saisines reçues à ce sujet. Ainsi, cette analyse a effectivement révélé des inégalités d’accès au numérique. Celles-ci pourrait remettre en cause une certaine radicalité dans le plan d’action prévu pour 2022. Jacques Toubon a recommandé une application progressive, sans précipitation. Il s’est expliqué en ces termes : « Quand on réalise ce type d’opérations, il faut prendre en compte les besoins des publics spécifiques et réaliser, au préalable, des tests, non pas précipités mais progressifs. »